ELECTRO MAIS PAS TROP…

Le carton de C2C avec son premier album,  »Tetra », permet peut-être enfin d’affirmer que la platine du DJ s’est infiltrée dans les chaumières. Oui, mais pas n’importe comment, ni à n’importe quel prix.

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Derrick May, Kraftwerk ou Mix Master Mike ne sont peut-être pas des noms très familiers. Pourtant, c’est grâce à eux qu’aujourd’hui, Justice, Vitalic ou C2C ont leur place dans nos baladeurs. Longtemps, la musique électro a fait peur, alors que le DJing restait relégué au rang de fond sonore pour rappeurs. Mais les choses ont changé, aujourd’hui Justice remplit les salles, C2C les festivals, et se retrouve même dans les rayons CD des grandes surfaces entre Sexion d’Assaut et Florent Pagny. Mais que s’est-il passé ?

Historiquement, les musiques électroniques sont faites pour danser. Que ce soit la techno de Detroit ou la disco new-yorkaise, l’idée est de ne retenir dans un morceau que ce qui fait bouger le plus efficacement. Un beat, un riff de guitare, un duo basse-batterie… tout est bon à prendre. Le sampling (coller plusieurs petits bouts de morceaux pour en créer un nouveau), les sons synthétiques et compagnie sont également rendus possibles grâce à la miniaturisation et la démocratisation des machines nécessaires à ces techniques. Petit à petit l’électro envahit tous les styles, du jazz, avec des artistes comme Herbie Hancock ( »Dis is Da Drum » ou  »Sound System ») au funk (George Clinton et Funkadelic) à la pop (toutes les années 80…) et les genres se mélangent pour donner aujourd’hui des artistes qui partagent leurs références avec leur public. Il faut cependant bien distinguer deux pratiques qui se croisent parfois, mais qui ont chacune leur histoire propre : l’électro (à base de machines) et le DJing (à base de platines vinyles).

La première catégorie a mis moins de temps à émerger. En France, c’est notamment grâce à notre petite fierté nationale qu’est la French Touch, mise en avant par des artistes comme Étienne de Crécy. Si son nom ne vous dit rien, Phoenix ou Daft Punk devraient vous mettre la puce à l’oreille. Avec  »Homework », paru en 1997, et l’hypnotisant  »Around The World », les deux Français casqués Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo mettent la house et la techno à la portée de tous. Après s’être illustré sur la B.O de  »Tron : L’Héritage », Daft Punk fait attendre son nouvel album studio, qui devrait être produit par Nile Rodgers, funkster à ses heures perdues ( »le Freak, c’est Chic ») et contenir une collaboration avec le pianiste Chilly Gonzales. Dans le genre, les noms qui se sont imposés au  »grand public » ne manquent pas, entre Fatboy Slim, The Chemical Brothers ou Deadmau5, qui ne s’est d’ailleurs pas gêné récemment pour attaquer David Guetta qui, selon lui,  »se contente d’appuyer sur le bouton lecture » lors de ses shows. Et puis il ne faut pas oublier le duo Justice, qui sait faire parler de lui, que ce soit avec son deuxième album,  »Audio, Video, Disco », dans lequel les machines s’attaquent au rock musclé, ou avec ses clips toujours plus subversifs… Dernier en date : Kavinsky, qui rôde sur la scène électro depuis plusieurs années, mais a conquis les cœurs de la scène tout court avec  »Nightcall », taillé pour le film qu’il accompagnait, le magnifique  »Drive ».

Côté platines, ou turntablism pour reprendre le terme exact, les choses sont plus récentes. On a pu entendre quelques coups de scratch sans y prêter forcément attention, dans les Beastie Boys par exemple, alors que leur DJ, Mix Master Mike, est considéré comme un des chefs de file de l’utilisation de la platine vinyle comme instrument. Dans l’Hexagone, on n’a pas à rougir : deux groupes de 4 DJ se sont illustrés en remportant les championnats du monde de DJing : Birdy Nam Nam (en 2002) et C2C (en 2003, 2004, 2005 et 2006). Grâce à eux, mais aussi à d’autres comme Chinese Man ou Wax Tailor, les oreilles ont réappris à apprécier le son de ces grandes galettes noires. Doublé du fait que le vinyle connaît un regain d’intérêt, nourri par la nostalgie des grandes pochettes cartonnées, C2C et leur électro colorée et ultra-référencée n’avaient plus qu’à pousser la porte pour pénétrer dans l’univers musical français. Et voilà maintenant que  »Tetra », premier album des 4 de C2C, 20Syl, Greem, Atom et Pfel, compte parmi les meilleures ventes du moment. Chapeau.

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