ILS CHANTENT EN ANGLAIS, MAIS…

L’anglais, langue de Shakespeare, de la pop, de la mondialisation… On aurait presque envie de dire la langue universelle. A tel point que de plus en plus de groupes de tous les pays s’en servent pour s’exporter, brouillant les pistes de leurs origines. Petite mise au point.

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Eurovision, 1973 : un groupe suédois s’illustre auprès du public, mais ne remporte pas les faveurs du jury. L’année d’après, il revient avec un titre que tout le monde connais,  »Waterloo », qui lui permettra d’accéder à la victoire. Abba devient alors un phénomène mondial et change définitivement les règles du concours en 1974. Auparavant, les groupes devaient chanter dans leur langue d’origine ; avec Agnetha Fältskog, Anni-Frid Lyngstad, Benny Andersson et Björn Ulvaeus, l’anglais s’incruste au programme. Les groupes non anglophones sont de plus en plus nombreux à utiliser cette langue, mondialement diffusée par des artistes comme les Beatles ou Michael Jackson, tout en reprenant des codes qui dépassent les frontières, illustrant ce vieil adage :  »nul n’est prophète en son pays ». Là où ça devient compliqué, c’est qu’on n’arrive plus vraiment à savoir qui vient d’où…

Ainsi, ce jeune londonien rencontré au détour d’un dîner a eu du mal a croire que David Guetta était français et non  »Polonais ou un truc du genre », comme il semblait le croire. De même, la french touch ( de Daft Punk à M83 en passant par Phoenix ou Air), a parfois rencontré le public américain avant de toucher le cœur de ses compatriotes et de dévoiler sa nationalité. Les groupes eux-mêmes s’en étonnent, à l’image de ces quatre rockeurs, les Violent Scaredy Cats (devenus maintenant Wolves & Moons, qui s’installent confortablement dans le paysage musical), qui lors d’un séjour au Portugal avaient trouvé des fans de la première heure, grâce à plusieurs passages radio. Et qui eu cru qu’il étaient de Picardie ? Il ne faut donc pas aller chercher très loin pour trouver des amoureux de la langue anglaise : Pony Pony Run Run, Skip The Use, Shaka Ponk, Revolver, Yodelice, Jil Is Lucky… Ils viennent tous de chez nous. Dans l’histoire, il n’a appartenu qu’à quelques téméraires de renverser les codes, comme René Angélil (oui, le mari de Céline Dion), ce Québécois qui dans les années 60 faisait des reprises des Beatles traduites en français, avec son groupe Les Baronets.

En remontant un peu sur la carte, ce sont nos cousins belges qui tiennent la dragée haute. À commencer par dEus. Voilà 20 ans que les anversois propagent leur rock à la R.E.M un peu partout dans le monde. L’anglais ? Une évidence qui ne les empêche pas de parfois revenir au français. Et c’est d’ailleurs avec leur septième album,  »Following Sea », paru récemment, qu’ils ont réellement conquis le peuple gaulois, parfois un peu perdu entre les noms et les accents. Mais dEus n’est pas le seul groupe belge à avoir vu du pays. On peut par exemple citer K’s Choice, très actif dans les années 1990, revenu en 2010 avec l’album  »Echo Mountain ». Donc non, malgré les ressemblances vocales, la chanteuse Sarah Bettens n’est pas la sœur de Dolores O’Riordan, des Cranberries. N’oublions pas Absynthe Minded, qu’on a rencontré dernièrement et qui nous a avoué avoir arrêté l’absinthe le jour où les membres du groupe ont compris que ça ne servait pas vraiment la qualité de leurs shows. Eux, c’est plutôt du côté de Coldplay ou Keane qu’il faut aller chercher en terme de style. Il y a de quoi s’emmêler les tympans…

Il faut pousser encore un peu sur la mappemonde pour trouver les champions de l’anglophilie. Allemagne, Norvège, Suède… Dans tous ces pays, les gens sont presque tous biberonnés à l’anglais et bilingues dès leur plus jeune âge. Donc utiliser cette langue dans la musique est souvent une évidence. La preuve en trois groupes : The Hives, The Rasmus et The Dø. Comment ça pas de vrais anglais ? Non, non : les premiers viennent de Suède et balancent un garage rock digne des meilleurs groupes américains. The Rasmus, eux, sont de Finlande et n’ont rien à envier à leurs confrères des États-Unis. Au passage, on conseille leurs nouveaux et très bons albums :  »Lex Hives » et  »The Rasmus », tous deux sortis cette année. Pour The Dø c’est un peu plus compliqué. Olivia Merilahti est franco-finlandaise, un beau mélange, mais qui n’explique pas pourquoi le groupe sonne à s’y méprendre comme un groupe d’indie-rock britannique.

Il reste une étape bien complexe : trouver d’où proviennent les groupes anglophones. Angleterre ? Irlande ? Australie ? États-Unis ? Pas facile… surtout quand on ne parle pas anglais ! La bonne nouvelle c’est qu’il n’y a pas besoin d’avoir la réponse pour gagner des places avec Pression Live pour les concerts des Cranberries le 16 novembre au Zénith de Toulon, Skip The Use le 28 novembre à l’Aeronef de Lille et The Hives le 7 décembre au même endroit. Bonjour en suédois, ça se dit  »Hej »…

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