LES CHANTEUSES ONT LA COTE

S’il y a bien un domaine dans lequel les femmes n’ont rien à envier aux hommes, c’est bien la musique. Pas besoin de sortir graphiques et sondages, il suffit de jeter un œil au paysage musical actuel. En murmures ou en cris, réservées ou en folie, les chanteuses n’auront aucun mal à faire trembler les festivals de l’été.

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A chacune son style : girly, rockeuse, tendre ou carrément déglinguée, les chanteuses en ont fait du chemin depuis Ella Fitzgerald. Il n’empêche qu’on s’accordera pour dire que question déification, les dames n’ont rien à envier à leurs homonymes masculins. Il n’y a qu’à voir la manière dont ont été rendus les hommages aux regrettées reines de la soul et de la pop récemment disparues, Amy Winehouse et Whitney Houston. Aujourd’hui les chanteuses s’imposent et en imposent, de plusieurs manières s’il en est. La preuve live sera apportée en festival, desquels certaines occupent sans rougir les tête d’affiche. D’ici là, petite tentative de typologie.

Soul Sista

Biberonnée à la Motown de Détroit ou la Stax de Memphis, la soul sista rêve certainement d’un duo avec la Queen du genre, Aretha Franklin. Bien évidemment, depuis qu’une certaine Amy W, dernière digne descendante de la lignée s’est éteinte, plus difficile de prétendre au titre en bonne et due forme. Cela n’empêche pas d’une part de voir réapparaître certaines qu’on avait eut tendance a mettre de côté, comme Sharon Jones, de l’écurie Daptone Records, probablement le dernier vrai label soul à l’ancienne. D’autres se sont creusé un trou confortable en réinventant le style, privilégiant les influences à la copie. Zoé Colotis, chanteuse de Caravan Palace, remet le swing et le groove au goût du jour en y ajoutant la touche électro qui propulse le tout 70 ans en avant. Pas de secret, le mélange est une des clés du succès, il n’y a qu’à se replonger dans le raggamuffin de Selah Sue, ou s’amuser à chercher chez Imany et Hollie Cook les multiples références distillées entre reggae, pop et soul suave.

Féline Rock

La féline rock a deux facettes, elle peut être douce et envoûtante comme elle a les moyens de ne faire qu’une bouchée de son auditoire. Certaines n’en dévoilent qu’une partie, mais il y a fort à parier que la seconde personnalité n’est jamais bien loin. Le plus bel exemple est certainement Shirley Manson, qui officie au sein de Garbage. Pas de soucis, quand elle assène son « Shut Your Mouth », personne n’a envie de la contrarier. Dans la même veine, les Ting Tings ont également leur mot à dire, façon « Shut Up And Let Me Go » : sortez les guitares, saturez à point et n’oubliez pas de crier un bon coup. On ajouterais volontiers Amandine Bourgeois à cette catégorie, bien qu’elle se soit calmée depuis son télé-crochet. Pourtant, on connaît la bête et on repense avec nostalgie à ses prestations comme sa reprise de « With A Little Help From My Friends ». Du coup, on se rattrape avec Izia, qui, elle, n’a jamais fait dans la dentelle.

La Délicate

De l’autre côté du miroir, il y a celles qui ont choisi la douceur, elles sont la face inavouée des tigresses, mais assument pleinement le fait d’attendrir. Une majorité de ces chanteuses, qu’on estampille volontiers pop-rock indé, jouent tout sur les arrangements portés par une voix vaporeuse. De Bat For Lashes à Alabama Shakes, c’est définitivement la tendance du moment. Il y a également une part non négligeable de la chanson française où tout est beau tout est gentil, comme Mansfield TYA, Anaïs ou Emily Loizeau. Elles s’imposent dans les paysages ensoleillés, remplis de pâquerettes, où tout va bien dans le meilleur des mondes. Et ce n’est pas Cœur de Pirate qui dira le contraire. Mina Tindle tire aussi son épingle du jeu et s’affirme à ce titre comme la nouvelle révélation dans la pop délicate.

La Déjantée

On aurait tendance à y voir une exception culturelle française, mais c’est simplement l’époque qui veut ça. C’est sûr qu’il y a aujourd’hui moins de Nina Hagen dans le paysage international qu’il n’y a de « trublionnes » tricolores. Ainsi, difficile de ne pas bomber le torse quand il s’agit d’évoquer les Brigitte et leur univers décalé, Camille la folle aux sonorités allumées. Sans oublier de rendre hommage à la mère nourricière, Catherine Ringer, qui a toujours envoyé voler les a-priori tout autant que les normes, pour servir une musique à la hauteur de son talent, sans barrières ni frontières. Hors Hexagone, c’est peut-être du côté de l’électro et de l’underground que se cachent ce type de chanteuses, comme chez Little Dragon par exemple. Mais il leur semble difficile de ne pas tomber dans l’extravagance rock…

Bref, bien des catégories pourraient être ajoutées, et certaines chanteuses se tailleraient volontiers une place dans plusieurs d’entre-elles. Cette sélection est donc parfaitement subjective, mais à le mérite de recenser bon nombre des mangeuses de micro qui seront cet été sur les scènes des festivals. Art Rock (du 25 au 27 mai) accueillera Sharon Jones, Mansfield. TYA et Brigitte. À Garorock (du 8 au 10 juin), il sera possible de voir Izia, The Ting Tings et Selah Sue. Les Francofolies (du 11 au 15 juillet), pour leur part, mettront les dames à l’honneur avec Mina Tindle, Brigitte, Imany, Mansfield. TYA, Camille, Amandine Bourgeois, Christine And The Queen, Catherine Ringer, Anaïs, Caravan Palace, Emily Loizeau et Izia. Il sera même possible de les voir sans écorcher son porte-monnaie, puisque Pression Live fait gagner des places. Ce sera également le cas avec Musilac, Les Vieilles Charrues et Rock en Seine, qui programment notamment Alabama Shakes, Bat For Lashes, Garbage, Hollie Cook, Brigitte, Selah Sue, Cœur de Pirate, Lissie, Caravan Palace ou encore Little Dragon. Si ça ne suffit pas, il sera également opportun de se rendre au Festival de Poupet (du 11 au 27 juillet) ou à Garorock (du 8 au 10 juin) qui accueillent Selah Sue, Irma, Izia ou encore The Ting Tings… Bonjour mesdames !

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