NON, LE BLUES N’EST PAS MORT

Deux têtes d’affiches des festivals de l’été partagent une passion commune pour un genre un peu oublié et le remettent à l’honneur en y agrémentant de nouvelles saveurs. The Kills et The Black Keys teintent tout deux leur garage rock des sonorités et de l’esprit du blues. Explications.

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Il y a un peu plus d’un siècle, aux Etats-Unis les esclaves noirs travaillent dans les champs de cotons et entonnent quelques chants en chœur pour se donner du courage. Quelques années plus tard c’est accompagné d’une guitare que naissent les premiers bluesmen, dont Robert Johnson, le pionnier, l’homme mystérieux qui aurait vendu son âme au diable en échange de son talent. Le principe du blues est simple, mais c’est aussi ça qui fait sa force : rythmes lancinants, peu d’instruments et beaucoup de passion. Tout part des tripes du musicien pour mieux percer celles des auditeurs.

Fin des années 90, après le blues électrique, le blues-rock, le punk et le garage rock, The White Stripes débarque. Jack White, fanatique absolu de blues et de country, amoureux de matériel vintage, entend bien remettre certaines choses au goût du jour. Seulement accompagné de Meg White à la batterie, sa femme à l’époque (et non sa sœur, malgré ce qu’on a pu dire…), ils délivrent une dose d’énergie qu’aucun cocktail ne saurait reproduire. Un peu comme si les Ramones tapaient le bœuf avec Muddy Waters. Comme pour tout ce qui est trop en avance sur son temps il a quand fallu quelques années (cinq pour être précis) et quatre albums pour pénétrer les oreilles du grand public. Avec  »Seven Nation Army », tous ceux qui n’avaient pas encore succombé se sont convertis. La voie était donc ouverte aux autres groupes, Jack White avait réussi à faire ce que d’autres avaient juste vainement essayé : capturer une essence plus qu’un son, citer sans copier et rappeler des codes sans les utiliser. Il a réveillé, même chez ceux qui n’ont pas vécu les époques évoquées par sa musique, une certaine forme de nostalgie à grands coups de guitare sursaturée. Peu de groupes ont réussi à emprunter la même voie sans se louper, deux ont même particulièrement bien réussi et ont fait leur arrivée en même temps que le nouveau millénaire. Leur point commun le plus récent réside dans leur participation cet été à de nombreux festivals hexagonaux. Les Kills joueront à Musilac le 13 juillet tandis que les Black Keys enflammeront Rock en Seine le 25 août.

D’abord, les deux groupes ont choisi comme leur aîné de se limiter à la formation en duo. Pas de fioriture, les Black Keys reprennent la formule guitare-batterie, même si c’est un homme, Patrick Carney, qui se trouve derrière les fûts. Pour les Kills, c’est une machine qui tambourine un rythme brut comme une machine industrielle à laquelle on infligerait les pires tortures. C’est avec sa voix qu’Alison Mosshart fait trembler les carreaux, elle y ajoute souvent cet effet lo-fi qui donne l’impression de parler dans une radio ou de revenir d’outre-tombe. Jamie Hince, son compagnon de scène a développé une technique de guitare particulière, empruntée au picking blues et country, qui lui permet de jouer des notes basses et profondes en plus des accords ravageurs. Côté riffs, les Kills sont plus sombres et torturés, on s’imagine Alison traversant les marécages tandis que Jamie déforeste les alentours à coups de guitare. Les Black Keys ont moins ce côté incantatoire alors qu’ils explorent paradoxalement plus les sonorités bluesy que leurs confrères. Ce sont certainement eux les plus attachés au plus vieux des styles modernes, entre Dan qui déclare que  »tout disque de blues ou de rock’n'roll postérieur à 1972 lui donne la nausée » et leur album de reprise du bluesman Junior Kimbrough,  »Chulahoma » ». Si ces derniers ont une tendance à la nonchalance qui peut parfois passer pour de la prétention, il suffit de regarder leurs clips pleins d’humour pour comprendre qu’il n’en est rien !

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